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Le rôle des médias : l'exemple des médias russes dans la guerre en Ukraine

Publié le par Prof d'histoire-géo

La propagande russe pendant la guerre en Ukraine

La journaliste Zhanna Agalakova a démissionné de son poste de correspondante à Paris pour la chaîne russe Pervy Kanal. Elle dénonce la propagande qui consiste à ne transmettre « qu’un point de vue »

Elle travaillait depuis 1999 pour la première chaîne russe Pervy Kanal, où elle a présenté le journal télévisé du soir. Le 3 mars dernier, elle a démissionné de son poste : « Je pensais échapper à la propagande russe en couvrant la vie française. C’était une position d’autruche, une échappatoire. La plupart des journalistes russes sont contre la propagande, mais ils sont piégés. Ils ont un travail et une famille à nourrir », a-t-elle raconté.

Après l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, Zhanna Agalakova assure être « devenue un échelon de la propagande ». Quand elle était correspondante à New York, elle devait « uniquement traiter les sujets défavorables aux États-Unis ». « Je suis alors devenue un pion de la propagande […] Je n’ai jamais menti dans mes reportages. Mais la propagande fonctionne comme cela : vous prenez des faits réels, vous les mélangez et obtenez un grand mensonge. Si vous prenez uniquement un point de vue, cela ne donne pas toute la vérité. C’est ce qui se passe dans les médias russes : ils ne transmettent qu’un point de vue. »

Si elle a décidé de prendre publiquement la parole aujourd’hui, c’est pour que « les gens apprennent à distinguer la propagande […], arrêtent d’être zombifiés ». « J’ai fait des compromis dans ma carrière […] J’ai beaucoup hésité, mais je ne pense pas avoir d’autre choix » justifie-t-elle, car « une ligne rouge » a été franchie. « En Russie, on m’accusera d’être une espionne et d’avoir été grassement payée pour faire cette déclaration. Pourtant, je ne travaille pour personne », affirme-t-elle, ajoutant que « la presse libre est indispensable à toute société ».

Le rôle des médias : l'exemple des médias russes dans la guerre en Ukraine

Questionnaire

Texte 1

1° Comment la propagande anti-américaine s’est-elle faite selon la journaliste ? Soulignez dans le texte, la phrase qui résume bien comment s’est construit cette propagande.

2° La plupart des journalistes russes adhèrent-ils aux idées de leur pays ? Pourquoi ne réagissent-ils pas ?

Texte 2

3° A l’aide du texte 2, retrouvez la traduction de l’affiche brandie par cette femme.

4° Qui est cette femme ? Que souhaite-t-elle ? Que risque-t-elle ?

5° Comment se manifeste la propagande russe à la télévision ? Comment les Ukrainiens sont ils représentés ? Comment les médias russes parlent-ils de la guerre ?

6° Quel mot est désormais interdit à la télé russe ?

7° A quoi cette journaliste compare-t-elle le peuple russe ? Pourquoi ?

C'est du jamais vu. Marina Ovsiannikova, citoyenne russe employée de la chaîne publique Pervy Kanal, a surgi en plein direct lundi 14 mars 2022 pour dénoncer la voix du Kremlin et la guerre en Ukraine. Munie d'un panneau avec le message "Arrêtez la guerre, ne croyez pas la propagande, on vous ment." La célèbre journaliste Ekaterina Andreïeva poursuit sa présentation, imperturbable, mais rapidement, le direct s'interrompt et est remplacé par un reportage sur les hôpitaux. La femme qui vient de briser la voix du Kremlin s'appelle Marina Ovsiannikova. C'est une employée de la télévision.  Quelques minutes avant son geste, elle a enregistré une vidéo pour expliquer son geste.

"Ce qui se produit en Ukraine est un crime dont seul Vladimir Poutine est responsable" dit-elle. Marina Ovsiannikova s'explique : son père est ukrainien, sa mère russe. Elle raconte encore sa honte d'avoir selon ses termes d'avoir "travaillé à la propagande du Kremlin. Nous sommes le peuple russe, nous avons le pouvoir d'arrêter cette folie" dit encore cette femme de 44 ans, avant d'appeler la foule à descendre dans les rues.

Elle confie plus largement : "J'ai travaillé sur la chaine Pervy Kanal ces dernières années, j'ai travaillé à la propagande du Kremlin. Et maintenant, j'ai vraiment honte. J'ai honte d'avoir permis que des mensonges soient dits sur les écrans de télé. Honte d’avoir permis que le peuple russe soit “zombifié”. Nous sommes restés silencieux quand tout a commencé en 2014. Nous ne sommes pas descendus dans les rues quand le Kremlin a empoisonné Navalny (un opposant politique à Poutine, aujourd’hui en prison). On est juste resté silencieux devant ce régime inhumain. Et maintenant le monde entier nous tourne le dos. Nous sommes le peuple russe. Nous sommes intelligents et réfléchis. Nous avons le pouvoir de faire stopper cette folie. Sortez dans les rues, n'ayez pas peur. Ils ne pourront pas tous nous arrêter."

Selon l'ONG de défense des droits des manifestants OVD-Info, Marina Ovsiannikova pourrait être poursuivie pour avoir discrédité l'action des forces armées russes précise l'agence de presse russe officielle Tass. (Elle a été libérée le lendemain, mais mise sous surveillance active)

La loi russe punit depuis le 4 mars jusqu'à quinze ans de prison ceux qui diffusent des "informations mensongères sur l'armée russe". Des amendements adoptés par les députés et signés par Vladimir Poutine. Cela s’applique aux médias comme à toute la population. Simplement dire "non à la guerre" est devenu un motif d'arrestation. Et les grands réseaux sociaux étrangers (Facebook, Twitter, Instagram) sont bloqués.

La télévision russe ne parle que d'une "opération militaire spéciale", mais jamais de guerre, le mot étant interdit par les autorités. Aucun média n'y échappe, ceux qui ont tenté de le faire sont aujourd'hui interdits, et fermés pour la plupart. La fermeture d'Écho de Moscou, radio indépendante incontournable du pays né en 1990, a ainsi provoqué un séisme dans le monde médiatique russe.

La télévision, totalement contrôlée par le gouvernement, était jusqu'à cette brève interruption hier le fidèle relais de la propagande officielle. À l'écran, "l'opération militaire spéciale" se déroule comme prévu, les troupes russes essuient peu de pertes. Et quand on parle des Ukrainiens, c'est parfois en termes très agressifs, comme le présentateur vedette Vladimir Solovyov, dont le talk show est regardé par des millions de téléspectateurs. Cette vedette de la télévision parle des Ukrainiens comme étant des « nazis » qui commettent régulièrement des assassinats contre les populations russes vivant en Ukraine ( ce qui a justifié l’intervention de l’armée).

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